Echec scolaire et estime de soi

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(photo : T. Wilcox - Unsplash)

Notes qui chutent, enseignants qui tirent la sonnette d’alarme, enfant qui n’a pas le moral, … Ou au contraire adolescent qui affiche une certaine désinvolture vis-à-vis de ses notes. Dans tous les cas, il faut être conscient que de mauvais résultats et un échec scolaire ont toujours des conséquences sur l’estime de soi. Pourquoi, et comment éviter ou rompre le cercle vicieux qui pourrait s’installer ?

Pourquoi les résultats scolaire affectent l’estime de soi ?

Notes « à l’ancienne », évaluations de compétences, pastilles rouges et vertes sur les cahiers, …nos enfants sont tout le temps évalués. Que le parent qui n’a jamais demandé à son enfant, le soir après l’école, quelles notes il a eues dans la journée, me jette le premier carnet de liaison ! Les compliments pour les bons résultats, les reproches voire les punitions en cas de mauvais, ont vite fait de conditionner l’image qu’un enfant a de lui-même. Il peut croire qu’il est digne d’intérêt s’il a 16 de moyenne, et n’est qu’un nul s’il a eu 6 à son dernier contrôle. Pour peu que l’enfant ou l’adolescent n’ait pas l’opportunité de réussir dans d’autres domaines (un sport, le théâtre, le maquettiste…), il verra son estime de soi bien compromise.

Un cercle vicieux peut alors s’installer. Découragé et démotivé par ses mauvaises notes, voire parfois les critiques des enseignants, l’élève a de moins en moins envie de travailler. A quoi bon ? Et les résultats continuent de baisser,… et son estime de lui-même avec elles.

Que faire ?

Déjà, il est très important de ne pas ramener constamment l’enfant ou l’adolescent à son rôle d’élève. Oui, l’école, le collège, le lycée…ont une grande place dans sa vie, mais la scolarité ne se résume pas à des contrôles de connaissances et des notes ! On peut demander à son enfant ce qu’il a fait à l’école, quel est le jeu à la mode dans la cour en ce moment, ce qu’ils étudient en ce moment en Français,… Toutes les matières scolaires peuvent être envisagées sous un autre angle. Si on parle d’un film qu’on vient de voir au cinéma, qui se déroule pendant la 2ème guerre mondiale, ce sera l’occasion d’en parler, mais pas dans l’optique de nécessairement apprendre quelque chose d’utile. Juste pour le plaisir.

Evidemment, il est normal quand on est parent de s’inquiéter quand son enfant a de mauvais résultats scolaires. Cependant il faut avoir en tête qu’un enfant qui a de mauvaises notes le vit toujours mal, même si parfois il prend un air bravache pour nous dire le contraire. Pour qu’il garde confiance en lui, il est plus que jamais nécessaire de le valoriser. Quels sont ses points forts ? Ses qualités ? Qu’est-ce qu’il a bien réussi dernièrement, que ce soit dans un contrôle de maths (il a forcément eu quelques points) ou pendant un concert avec l’orchestre de l’école ? De nombreux travaux réalisés en psychologie ont démontré que des jeunes à qui l’on tient un discours positif et encourageant réussissent mieux que ceux qui entendent des paroles défaitistes. Croire en son enfant, partir du principe qu’il a les ressources pour s’épanouir et réaliser son potentiel, fait partie de nos devoirs de parents et d’éducateurs.

Quand l’orientation s’en mêle…

Chercher à valoriser ainsi son enfant s’avère primordial si le collège ou le lycée propose  une orientation en voie professionnelles. Je ne m’étendrai pas ici sur la façon dont l’orientation scolaire est envisagée en France (je garde ce passionnant sujet pour un autre article…). Simplement, je constate, avec d’autres, qu’il s’agit d’une sélection par l’échec. Exemple : tu n’es pas bon en 3ème, donc on va t’orienter en CAP. Premièrement, un élève n’est pas bon ou mauvais, il a de bons ou mauvais résultats, ce n’est pas la même chose. Combien de fois ai-je dit à un adolescent qu’il « n’est pas » 6 en maths, mais qu’il « a eu » 6 en maths la semaine dernière à un contrôle qui portait sur la proportionnalité ! Ce n’est pas du tout pareil !

Deuxième chose : quelle motivation un jeune pourrait-il trouver dans une orientation professionnelle si celle-ci est envisagée comme un échec (en l’occurrence: il n’a pas réussi à rester dans la voie générale) ? Il est alors encore plus important et urgent de chercher ce à quoi il est bon, ce qu’il aime bien faire,… pour aborder l’orientation d’une façon positive. Faire des mini-stages en entreprise (grâce à une convention avec la CCI), passer une journée avec un membre de sa famille ou un ami pour découvrir ce qu’il fait, faire des petits jobs pour aider ses voisins…Multiplier les découvertes et les essais permet de mieux se connaître, de réussir quelque chose, et donc de « regonfler » son estime de soi, avant d’envisager le futur. La confiance en soi se construit dans l’action. Et les parents anxieux pourront lire cet article dans lequel je démontre que loin de se jouer à 16 ans, l’orientation est un processus qui dure toute la vie.

Le cas des élèves précoces

Le cas des élèves précoces est à prendre au sérieux. Contrairement à beaucoup d’idées reçues, il leur arrive souvent d’être en échec scolaire. Je vois ainsi régulièrement des collégiens ou des lycéens, diagnostiqués HPI, qui étaient jusque là de bons élèves et qui perdent pied. Ils m’expliquent que pendant longtemps tout se passait bien à l’école. Ils avaient de bons résultats sans faire beaucoup d’efforts. L »augmentation de la difficulté des cours et du niveau d’exigence des enseignants leur fait réaliser qu’ils n’ont pas vraiment de méthode de travail. Ou bien que les habitudes qu’ils avaient (comme lire le cours la veille du contrôle) ne fonctionnent plus. L’estime de soi s’en trouve grandement affectée, et je les vois souvent très désemparés. Hypersensibles, les enfants précoces vivent mal l »échec scolaire. Il est indispensable de les rassurer, de leur dire qu’ils sont toujours intelligents (car il leur arrive d’en douter !), et de les aider à mettre au point leur méthode de travail. Pour ma part, j’ai commencé à travailler en 1ère S, après un 7/20 en maths qui m’a fait l’effet d’une claque après mes 19/20 habituels en 2nde ! C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’il fallait que je change ma façon d’apprendre mes cours…

La gestion mentale est une approche pédagogique qui part justement des « domaines de réussite ». Elle permet à une élève de prendre conscience de ce qui est efficace pour lui, et lui permet de se mettre au travail avec une motivation renouvelée. Un préalable est néanmoins d’accepter le changement ! Eh non, cela ne fonctionnera plus de mémoriser approximativement les théorèmes et définitions, ou de relire les exercices faits en classe… Pas plus que faire 50 exercices à la chaîne ou apprendre tout par coeur. Mais il existe une façon d’apprendre qui leur correspond, dans laquelle ils trouvent du sens, et qui permet de répondre aux exigences scolaires.

Les parents et ceux qui accompagnent l’enfant (orthopédagogue comme moi, orthophoniste, professeur particulier…) doivent unir leurs efforts pour qu’il reprenne confiance en lui et en ses capacités. L’échec scolaire n’est pas une fatalité. Chaque jeune a en lui les ressources pour révéler tout son potentiel, exprimer ses goûts et ce qui a du sens pour lui.