On s’oriente toute sa vie

on s'oriente tout au long de sa vie

Traditionnellement, c’est en 3ème et à certains moments au lycée que l’orientation devient un sujet central dans la vie des élèves. Affelnet et Parcoursup sont au centre de toutes les conversations ! Pourtant, l’orientation des jeunes dépasse largement ces deux horizons et intéresse toute la vie. Nous allons voir que c’est une excellente nouvelle…

L’Education Nationale a fait des efforts d’anticipation. Désormais les élèves entendent parler de métiers et de filières dès les premières années de collège. Certains vont alors s’orienter en voie professionnelle, d’autres resteront dans la voie générale. Après la 3ème, l’inscription au lycée a lieu sur la plateforme Affelnet. Vient le choix des options et des spécialités au lycée, et enfin le mythique Parcoursup en Terminale.

Il y a du bon dans Parcoursup !

Je rappelle brièvement que Parcoursup est le site Internet officiel pour s’inscrire dans une formation post-bac. En 2020, il y en a plus de 15 000, des BTS aux licences de l’Université en passant les Instituts d’Etudes Politiques, les formations para-médicales… Ce site Internet a remplacé les dossiers « papier » qu’il fallait remplir au stylo à bille puis envoyer par la Poste. Il a remplacé aussi les heures de queue et la foire d’empoigne qui étaient souvent la règle pour s’inscrire à l’Université. De ce côté-là, c’est un progrès notable ! Conséquence du poids de cette plateforme : je rencontre beaucoup d’élèves qui envisagent la formulation des voeux sur la plate-forme Parcoursup comme LE moment de leur vie où ils vont faire des choix décisifs. Nous allons voir que la réalité est bien moins tranchée.

Des parcours diversifiés

Tout d’abord, les parents d’aujourd’hui doivent savoir que, contrairement à ce qui pouvait exister à notre époque, les parcours sont bien plus diversifiés aujourd’hui (1). L’obtention d’un CAP puis d’un BEP ne signe pas la fin des études. Il est envisageable de continuer en licence pro après un BTS, puis d’enchaîner avec un Master pro. On peut faire  une licence traditionnelle à l’Université, puis faire un Master en alternance. Les classes préparatoires aux grandes écoles (les « prépas ») ne sont plus l’unique moyen de devenir ingénieur. La liste des parcours possibles est infinie ! Le jeu des équivalences permet souvent de ne pas recommencer une année de formation, mais de continuer moyennant quelques adaptations. La conséquence de cela est qu’il est possible d’adapter son parcours en cours de route, en s’engageant dans une formation qu’on n’avait pas forcément ciblée au départ. Et la conséquence de cette conséquence (!) est que réaliser à l’issue d’une formation qu’on a envie de continuer, ou au contraire de passer à autre chose, n’est pas obligatoirement sans issue. Tout n’est pas possible évidemment, mais il existe plein de solutions. Un jeune qui prend conscience à 20 ans ou plus tard de ce qu’il a envie de faire peut rejoindre une classe de remise à niveau. Celles-ci permettent d’acquérir des bases de connaissances et de méthodes de travail avant d’entamer un nouveau parcours.

Et ça continue encore et encore…

Une fois une qualification acquise, et un emploi trouvé, l’orientation ne s’arrête pas. On peut avoir envie de changer de métier. Il y a plusieurs raisons à cela, je peux en citer quelques unes. Tout d’abord, de nouveaux métiers apparaissent. On peut avoir envie de devenir community manager à 40 ans, alors que ce métier n’existait pas quand on était jeune. Ensuite, nos goûts et nos valeurs changent. Par exemple, la préoccupation écologique étant grandissante, nombre de personnes ont envie aujourd’hui de changer de métier pour travailler dans le domaine de la protection de l’environnement. Les aléas de la vie peuvent nous conduire à nous investir dans des domaines qu’on ne connaissait pas. Je pense par exemple à des gens dont un proche a eu un grave accident, et qui veulent désormais travailler dans le domaine de l’accompagnement de personnes en situation de handicap. Et il y a tous ceux qui réalisent, une fois que les enfants sont un peu plus autonomes et qu’ils ont le temps de la réflexion, que leur métier ne leur plait plus et que cela ne peut plus durer !

Alors que faire ?

Lorsqu’on a un enfant au collège ou au lycée, il importe de prendre conscience que son avenir professionnel, et sa vie, ne vont pas se jouer à la fin de la 3ème ou après le Bac. Le rôle de parent consiste à être à son écoute, pour qu’il prenne conscience de ses goûts, de ses aspirations, de ce qu’il voudrait apporter au monde. Cela semble grandiloquent, mais il faut avoir conscience que chacun de nous, au fond de lui, a envie d’apporter sa contribution à la société. C’est parfois enfoui sous une épaisse carapace d’adolescent, mais c’est bien là ! Idem pour ce qui l’intéresse, ce qu’il aime bien faire, avec qui il aime passer du temps, dans quel environnement,… C’est contre-productif de « mettre la pression » à nos enfants pour qu’ils fassent des choix et prennent conscience de la difficulté actuelle pour trouver un emploi. Ils le savent bien ! On a meilleur temps de les encourager à « tester » des choses, par exemple en exerçant des petits boulots.

De l’importance de l’action

Certains sont bien connus : le baby-sitting, la tonte de pelouse pour le voisin, l’aide au bricolage,…Idem dans le milieu associatif avec la collecte de denrées alimentaires ou la tenue d’un stand au forum des associations. On y pense moins, mais un jeune peut aussi donner un coup de main à un club qui ne sait pas comment développer un petit site Internet. Idem pour une association qui n’a pas les moyens de s’offrir les services d’un graphiste professionnel pour dessiner l’affiche d’une prochaine activité. Ce sont autant d’occasions de découvrir des activités, de rencontrer du monde…et les ados ont juste besoin qu’on les encourage à proposer leurs services et se lancer ! Elle adore dessiner avec un logiciel de dessin ? Alors pourquoi ne pas proposer de dessiner les flyers pour le gala de danse de la petite soeur ?

Une fois un parcours de formation entamé, les stages permettent de confronter ce qu’on a appris avec ce qui nous est demandé dans le monde professionnel. Là aussi, le fait de FAIRE quelque chose permet de discuter avec des professionnels. C’est l’occasion de produire quelque chose et de se demander si on a trouvé ça bien ou pas. Un stage sur le terrain peur conforter un projet comme faire prendre conscience que ce n’est pas du tout à ça qu’on est prêt à consacrer 35 heures ou plus par semaine!  Dans les deux, le stage aura été utile.

Et pour les grands…

Et après 5 ans, 10 ans,….de vie professionnelle, il est toujours opportun de faire le point et de se reposer des questions. Est-ce que j’aime bien ce que je fais ? Est-ce que j’adhère au projet de l’entreprise pour laquelle je travaille ? Comme le jeune homme sur la photo qui illustre cet article, on lève les yeux, on regarde d’autres horizons, et on se demande si….? Eh oui, l’orientation amène à se questionner tout au long de sa vie ! Et c’est une excellente nouvelle. J’en ai une autre : il n’y a pas d’âge pour apprendre à apprendre, et se former !

(1) Je dis « notre époque » car j’ai passé mon Bac en 1989…